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Production en pause du docu sur la bataille électorale Modi-Kejriwal par la censure pour des raisons mystérieuses

En ce moment, Kamal Swaroop, le réalisateur renommé aux prix nationaux, est un peu perplexe. Son prochain documentaire Battle for Banaras, qui raconte les élections Lok Sabha de 2014 à  Varanasi, aurait été rejeté par deux comités du Conseil central pour la certification des films (CBFC, connu généralement sous le nom « Conseil de la censure »). « Des membres du comité exécutif ont dit essentiellement qu’ ‘il y a quelque chose qui ne va pas avec ce film,’ et ‘il y a de l’espièglerie là-dedans’, » dit-il lors d’une communication téléphonique avec HuffPost India. « Je suis disposé à faire toutes les coupures qu’ils voudraient – 10, 20 – mais ils devraient me le demander, non ? Ils ne le font même pas. Ils l’ont simplement et catégoriquement rejeté. » Il ajouta que à sa connaissance, Pahlaj Nihalani, le directeur controversé du CBFC, n’était pas impliqué dans cette décision, car il n’était présent à aucune des projections du film.

Kamal Swaroop
Kamal Swaroop

On dit que ce documentaire, qui a été tourné à Varanasi sur 44 jours l’année dernière en digital sur format 4K, figure parmi les plus gros films documentaires indiens. Inspiré par le livre de Elias Canetti, lauréat du prix Nobel, Crowds and Power, il est prévu de faire sa sortie mondiale lors du Festival international de film de Montréal le mercredi 2 septembre.

 

Le siège pour Varanasi était contesté par quatre candidats l’année dernière, où le concours final était une véritable course de chevaux entre Narendra Modi du BJP et Arvind Kejriwal du AAP, qui sont, comme nous le savons tous, respectivement le Premier ministre de l’Inde et Ministre Dirigeant de Delhi. Au final, Modi fût le vainquant, recevant plus de 3.710000 votes de plus que Kejriwal.

 

Le réalisateur de Om Dar-B-Dar (1988), étant désormais à la soixantaine, dit que son film est apolitique et essaie simplement de capturer l’atmosphère carnavalesque qui se manifeste dans les petites villes lors des élections. « Je ne suis pas anti-BJP, ni contre aucun autre parti, et ce n’est pas un film avec un agenda quelconque de gauche, » insista-t-il. « Il capture tout simplement l’amusement, les célébrations, les discussions et tout ce qui s’est passé à ce moment-là. » « Il n’y a aucun commentaire de notre part, » ajouta-t-il. « Nous n’avons que mentionné les faits. Ce qui m’intéresse le plus est le spectacle autour de [l’élection]. »

 

En effet, il dit qu’il ne mentionne même pas le passé controversé du Premier ministre, qui comprend des allégations de la participation de Modi dans les émeutes du Gujarat de 2002 à un moment où il fût le Ministre dirigeant de l’état. Ces allégations ont depuis été abandonnées en 2012.

 

Swaroop pense qu’une explication pour la réaction des censeurs peut être le ton insolent et irrévérencieux qu’adopta le documentaire. « La bande originale se sert beaucoup de ces chansons politiques de Bollywood – celles que les partis politiques utilisent comme générique, où ils gardent la mélodie mais changent les paroles – dans plusieurs instances, » dit-il. « C’est une chose que font même les stations de télé, mais il se peut que l’impacte que ce genre de séquences a eu sur deux heures peut les avoir fait penser que mon intention est de me moquer délibérément de nous dirigeants actuels. »

 

« Les gens sont devenus très hypo-sensibles à ce genre de chose, actuellement, » ajouta-t-il en riant.

 

Sa deuxième théorie est que le documentaire capture aussi de manière intime le langage corporel spontané de certains des dirigeants tels que Modi (« il semble très menaçant, surtout lorsqu’on voit certains de ses interactions, » dit-il). D’après Swaroop, des moments comme ceux-ci peuvent « soulever » quelque chose parmi les spectateurs lorsqu’ils voient le film au cinéma. « Certains des discours, certaines des choses dites par les dirigeants des différents partis… vous pouvez voir à quel point certains des faits sont très enfantins et illogiques. »

 

Alors que le film n’a définitivement pas encore été ‘banni’, Swaroop est contrarié du fait qu’il lui faut approcher un troisième comité, le Tribunal d’appel pour la certification des films (FCAT), et peut-être même les cours de justice pour faire passer son film si le premier n’a pas bon fin. « Je veux montrer le film à plusieurs festivals et utiliser le buzz pour essayer d ‘avoir une sortie théâtrale l’année prochaine, » dit-il. « Je n’ai juste pas besoin de ces contretemps inutiles. »

 

Cependant, bien qu’il s’apprête à approcher le tribunal la semaine prochaine, il est assez confiant que le film verra la lumière du jour. « Yaar, même si je dois l’amener jusqu’aux tribunaux, je suis sûr qu’il y aura quelqu’un qui verra le film et qui réalisera que ces gars de la Censure sont des idiots et qu’il n’y a rien de controversé là-dedans, » dit-il.